L'écriture de l'histoire de la colonisation en France depuis 1960
S Dulucq, C Coquery-Vidrovitch, J Frémigacci… - Afrique & histoire, 2006 - cairn.info
S Dulucq, C Coquery-Vidrovitch, J Frémigacci, E Sibeud, JL Triaud
Afrique & histoire, 2006•cairn.infoIl est courant de dire que les Français ne gardent de leur passé colonial que des souvenirs
flous. Malgré le travail de recherche mené depuis de nombreuses décennies, malgré la
pression d'associations diverses et variées, il est vrai que le passé impérial n'a pas
(encore?) de véritable place au panthéon national. Pourtant, on le sait bien, la mémoire
nationale est depuis quelque temps régulièrement sollicitée sur ces questions, de façon
d'ailleurs parfois contradictoire. De vieux fantômes ont été réveillés depuis le début des …
flous. Malgré le travail de recherche mené depuis de nombreuses décennies, malgré la
pression d'associations diverses et variées, il est vrai que le passé impérial n'a pas
(encore?) de véritable place au panthéon national. Pourtant, on le sait bien, la mémoire
nationale est depuis quelque temps régulièrement sollicitée sur ces questions, de façon
d'ailleurs parfois contradictoire. De vieux fantômes ont été réveillés depuis le début des …
Il est courant de dire que les Français ne gardent de leur passé colonial que des souvenirs flous. Malgré le travail de recherche mené depuis de nombreuses décennies, malgré la pression d’associations diverses et variées, il est vrai que le passé impérial n’a pas (encore?) de véritable place au panthéon national. Pourtant, on le sait bien, la mémoire nationale est depuis quelque temps régulièrement sollicitée sur ces questions, de façon d’ailleurs parfois contradictoire. De vieux fantômes ont été réveillés depuis le début des années 2000, révélateurs de passions que l’on croyait éteintes. L’année 2005 a été marquée par une polémique sans précédent provoquée par l’adoption subreptice de la loi du 23 février qui, entre autres choses, portait «reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés»–les députés de la majorité entendant favoriser, dans l’article 4, une vision valorisante de la colonisation et promouvoir l’enseignement, dans les programmes scolaires d’histoire, de son «rôle positif».
En parallèle à la réémergence des problématiques et des mémoires coloniales dans le débat public, une idée s’ est couramment répandue dans les médias: afin d’en finir une bonne fois avec l’injustice et la discrimination à l’œuvre aujourd’hui comme hier, il conviendrait de lever un véritable «tabou colonial» qui pèserait sur la société française. Pour ce faire, il s’ agirait notamment de s’ atteler (enfin!) à l’écriture d’une «authentique» histoire de la colonisation française et de diffuser ces connaissances à tous les écoliers, les collégiens et les lycéens de l’Hexagone. De façon plus ou moins explicite, un soupçon pèse donc sur les générations d’historiens qui, dans les quarante dernières années, ont pris en charge le passé des sociétés longuement dominées par l’Europe. Afrique & Histoire a choisi de faire le point sur cette mise en cause tacite, qui touche de près à l’historiographie du continent africain. Dans quelle mesure peuton parler d’un «abandon» de l’histoire de la colonisation à partir des années 1960? L’histoire coloniale en France a-t-elle été véritablement négligée–ou pire, occultée–par les chercheurs? Comment comprendre l’étendue et la signification Afrique & histoire