Les historiens saisis par les guerres de mémoires coloniales 1
C Liauzu - Revue d'histoire moderne et contemporaine, 2005 - cairn.info
C Liauzu
Revue d'histoire moderne et contemporaine, 2005•cairn.info«Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence
française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices
des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils
ont droit.»(Article 4, loi du 23 février 2005.) Alors que la majorité de la population n'a pas
vécu la guerre d'Algérie, alors que les spécialistes pensaient qu'ils allaient pouvoir œuvrer,
dans la tranquillité des archives, à l'élaboration de savoirs faisant consensus, alors que les …
française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices
des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils
ont droit.»(Article 4, loi du 23 février 2005.) Alors que la majorité de la population n'a pas
vécu la guerre d'Algérie, alors que les spécialistes pensaient qu'ils allaient pouvoir œuvrer,
dans la tranquillité des archives, à l'élaboration de savoirs faisant consensus, alors que les …
«Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.»(Article 4, loi du 23 février 2005.)
Alors que la majorité de la population n’a pas vécu la guerre d’Algérie, alors que les spécialistes pensaient qu’ils allaient pouvoir œuvrer, dans la tranquillité des archives, à l’élaboration de savoirs faisant consensus, alors que les enseignants s’ efforcent de transmettre des passés qui passent mal, cette loi est venue leur rappeler le poids des usages et mésusages publics de leur discipline. Elle leur rappelle les tensions entre sa vocation scientifique et sa fonction sociale. Certes, nous ne sommes plus à l’âge de Lavisse, les programmes scolaires ont connu depuis maintes réformes. Cependant, la difficulté épistémologique et déontologique majeure des sciences humaines, particulièrement de l’histoire, que sa rente de situation expose à des tentatives d’instrumentalisation ou à la vindicte des porteurs de mémoires opposées, demeure. Le problème des relations entre la discipline et la société se pose d’autant plus fortement que, dans une période de mutations, où prévalent les incertitudes et l’instabilité, les solutions d’hier ne sont plus adéquates. La demande d’abrogation de cette loi, nécessaire, n’est donc pas suffisante. L’analyse des risques qu’elle représente conduit à une réflexion sur les conditions permettant l’autonomie d’une histoire critique, sur les obstacles qui s’y opposent.